“Lorsque dans le cours des événements humains ou merveilleux, il devient nécessaire pour une fée maladive de dissoudre les liens politiquement très incorrects qui l’ont attachée à un enfant indifférent et de prendre, parmi les puissances du Pays Imaginaire, la place séparée et égale à laquelle les lois de la nature et des contes en tous genres lui donnent droit, le respect dû à l’opinion de l’humanité et de la féerie oblige à déclarer les causes qui la déterminent à la séparation.
Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les personnages sont créés égaux ; ils sont doués par Sir Barrie de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie,la juste aspiration à un peu de magie, la liberté et la recherche du bonheur. Les belles histoires sont établies parmi les êtres pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des personnages. Toutes les fois qu’un conte, utopie ou pièce de théâtre, devient destructeur de ce but, l’opprimé a le droit de le changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau scénario, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner l’amour et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les contes rédigés depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l’expérience de tous les temps a montré, en effet, que les personnages sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu’à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les péripéties auxquelles ils sont accoutumés.
Mais lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel livre et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. Telle a été la patience de cette Clochette, et telle est aujourd’hui la nécessité qui la force à changer ses anciens répertoires de belles histoires. L’histoire du Peter Pan actuel est l’histoire d’une série de petites injustices, de minuscules lâchetés et d’usurpations répétées, qui toutes avaient pour but direct l’établissement d’une tyrannie absolue sur ladite Fée Clochette.
Pour le prouver, soumettons les faits au public impartial : Il a refusé d’être clair dès le départ, instaurant les lois d’un jeu bien cruel, allant contre les principes les plus nécessaires au bien féerique. Il a défendu à sa fée de consentir à des lois plus raisonnables d’une importance immédiate et urgente, et il a délibérément négligé de prêter attention aux suppliques jalouses de Clochette.
Il a convoqué des têtes à têtes troublants dans des lieux inusités, incommodes et éloignés du monde de la surface, dans la seule vue d’obtenir d’elle, par la fatigue face à un jeu devenu bien casse-gueule, l’adhésion à ses mesures. À diverses reprises, il a dissous les bonnes résolutions de Clochette parce qu’elles s’opposaient avec toute la fermeté possible à ses empiètements sur les droits des petites fées sentimentales. Après ces dissolutions, il a refusé pendant longtemps d’établir de nouvelles règles du jeu, et le pouvoir du savoir-voler, qui n’est pas susceptible d’anéantissement, est ainsi retourné à sa seule personne pour n’être exercé que par lui, Clochette restant, dans l’intervalle, exposée à tous les dangers d’invasions du terre à terre du dehors et de convulsions intérieures du prosaïsme .
Il a cherché à mettre obstacle aux escapades désespérées de sa fée. Dans ce but, il a mis empêchement à l’exécution des lois pour la fuite des amours propres meurtris ; il a refusé d’en rendre d’autres pour encourager leur émigration dans de meilleures contrées, et il a élevé les conditions pour le départ vers de plus libres histoires. Il a rendu Clochette dépendante de sa seule volonté, pour la durée de son office et pour le taux et le paiement de ses appointements en poussière de fée.
Il s’est créé une multitude de rôles, a envoyé dans ce pays des essaims de nouvelles figures idéales pour vexer sa fée et dévorer l’admiration qu’il lisait en ses yeux. Il a entretenu dans l’esprit de Clochette, en temps de paix, des luttes permanentes, la guerre des trois (Lili-Cerise-Macha) sans le consentement de Sir James Barrie. Il a affecté de rendre les rapports amicaux indépendants des envolées lyriques de la paire imaginaire et même supérieurs à elles. Seul, il a oeuvré pour la soumettre à une juridiction étrangère au code féerique et non reconnue par lui, en donnant sa sanction à des actes de relations prétendues non ambiguës ayant pour objet : de mettre en quartier l’esprit et le coeur tripartite de sa fée ; de la protéger par des soins illusoires contre l’indifférence et la solitude auxquelles il la destinait; de détruire le commerce de Clochette avec tous les adjuvants du monde ; de lui imposer sa cruelle présence sans son consentement ; de la priver dans plusieurs cas du bénéfice d’un repos, d’une retraite mérités ; de la transporter au-delà des toits pour mieux la laisser tomber; de lui retirer tout sentiment moral, d’exciter sa jalousie en lui contant l’heureux récit de ses amours avec Wendy; d’abolir ses principes les plus précieux et d’altérer dans son essence la forme même de la magie ; de suspendre ses principes, donc, et de se déclarer lui-même investi du pouvoir de faire des lois obligatoires pour les fées dans tous les cas quelconques.
Il a abdiqué la raison de l’esprit de Clochette, en la déclarant hors de sa protection et en lui livrant une guerre impossible. Il a pillé ses rêves, ravagé ses sourires, brûlé ses doigts et massacré sa confiance en elle. En ce moment même, il transporte de grandes armées de mimiques étranges pour accomplir l’œuvre de mort, de désolation et de tyrannie qui a été commencée avec des circonstances de cruauté et de perfidie dont on aurait peine à trouver des exemples dans les contes les plus noirs, et qui sont tout à fait indignes d’un enfant en collants. Dans tout le cours de ces oppressions, elle lui a demandé justice dans les termes les plus humbles et les plus balbutiants ; ses pétitions répétées n’ont reçu pour réponse que des déceptions répétées. Un prince dont le caractère est ainsi marqué par les actions qui peuvent signaler un tyran est impropre à maîtriser Neverland et les pensées volées d’une fée en morceaux sur le pavé.
Pourtant, ladite Clochette n’a pas manqué d’égards envers l’enfant sans coeur. Elle l’a de temps en temps averti des sentiments contraires qu’il éveillait en elle, et de ses tentatives pour établir de nouvelles règles plus saines. Elle lui a rappelé les circonstances de leur émigration et de leur établissement dans ces contrées de Neverland. Elle a fait appel à sa justice et à sa supposée magnanimité naturelle, et elle l’a conjuré, au nom des liens d’une commune origine, de désavouer ces usurpations qui devaient inévitablement interrompre leur liaison et leurs bons rapports. Mais il est resté sourd à la voix de la raison et de la communion spirituelle. Clochette doit donc se rendre à la nécessité qui commande leur séparation et le regarder, de même que le reste de l’humanité, comme un traître dans la guerre et un lâche dans la paix.
En conséquence, elle-même, représentante des Fées Vertes de Neverland, assemblées en un Tout Petit Tribunal, prenant à témoin l’Auteur de la pièce de la droiture de ses intentions, comme de la magie de toutes ses inventions, publie et déclare solennellement au nom et par l’autorité des maraines bonnes fées de ce livre en chantier, que Clochette, dite Clo, est et a le droit d’être une fée libre et indépendante ; qu’elle est dégagée de toute obéissance envers l’Enfant Triste et Perdu ; que tout lien entre elle et le Mauvais Lutin natif de Grande-Bretagne est et doit être entièrement dissous ; que, comme les fées libres et indépendantes, elle a pleine autorité de faire la guerre, de conclure la paix, de contracter des alliances, ou de les briser en un claquement de doigt comme Peter le faisait si bien, de réglementer ses propres rêves, d’inventer ses propres histoires et de faire tous autres actes ou choses que les fées indépendantes ont droit de faire ; et pleine d’une ferme confiance dans la protection de Sir James Barrie, elle engage au soutien de cette Déclaration, sa vie, sa fortune, son inventivité, toute sa naïveté comme tout son honneur, et son bien le plus sacré, son coeur. »
Ah, bravo.
Héhé, merci honorable souris Bin
Tu seras sans doute heureux de savoir que Lili l’a placardé aux murs blancs de sa Tour d’Ivoire.
Et qu’hier, Clo a livré cette déclaration au tyran Pan. Depuis, contacts glacés. Vive l’indépendance?