Just follow the very red road


Une semaine de vacances. Vacances. On aurait presque l’impression de redécouvrir la saveur du mot, après un long temps de végétation. De comprendre pourquoi, comme par hasard, il rime avec enfance, insouciance, confiance et autres belles idées oubliées.
Un road movie de sept jours, ou presque. Sous le soleil exactement. Mais sous la lune aussi, quand les amis dansent ivres morts dans les dunes et chutent sur le sable dur. Sous les étoiles mouvantes, assis dans des hamacs. Oho. Oho. A pirate’s life for us.

Un refrain estival au saut du lit. En boucle.
Château de sable immortalisé, géant de guerre qui s’effrite, et que deux gosses peuplent de leurs rêves.
L’île, au loin, dans la brume. Et le phare qui clignote sur la gauche pour les bateaux perdus. Débauche de pêcheurs aux chemises bon marché, à carreaux, s’il vous plaît !
On lance des graviers contre la vitre pour effrayer celui qui est resté sur place, en se mordant la langue pour ne pas hurler de rire.
Le coffre ! Le coffre s’ouvre grand, voiture en marche.
D’où le Pont du Coffre.
Pronostics météo douteux, le triste et long ciel gris ou l’éternel ciel bleu.
On me traîne par les pieds dans les dunes les plus hautes. Je crie, je m’écorche. Les herbes me piquent alors que je dévale plusieurs mètres de force. Pleine de sable. Je boude. Je lave ma mauvaise humeur dans l’eau salée.

Le voisin est rescapé d’une secte hippie aux mélodies étranges. Sale berceuse.
Des foulards sur la tête, bande costumée criarde qui défile dans l’herbe.
Des crêpes par douzaine. Un pasteur. Une cigogne. Du rhum.
Un atroce gargouillis.
De l’autre côté de la haie, le dialogue nous échappe. Des enfants en furie. “Non, tu ne manges pas tes amis!” s’écrie la mère. Bienvenue chez les cannibales, rien de plus normal, à quoi bon s’énerver?
Le groupe gravite, sourit, braille au réveil. Jeu de séduction en son sein, épié de tous.
On prend les virages en se penchant comme dans les jeux vidéos, sur une musique de film.
Bataille de vase dans l’eau trouble. Brasse matinale qui vous glace le ventre. Rose mouillé.
Erotisme à la Bollywood. On l’a dit. Les fleurs transparentes qui s’attachent à ma peau sans aucune pudeur.

Du thé ?
Lignes en bazar pour une semaine de chahut et de délires sur les chaluts.
Ce rêve bleu à pleine puissance dans la voiture ouverte, et cette danse idiote contre la rambarde de l’escalier déguisé en bateau. Nous étions six, pas tous au même instant.
Douche à deux, la file d’attente est pleine de sel.
Fringale chocolat.
Rencontre avec un crabe unijambiste. Nous saluons tous les matins le champignon minuscule qui pousse sous la baie vitrée. Je me prends d’affection pour ce nain délicat.

Escapades dans les plaines mongoles. On joue aux Indiens, si tu n’es pas d’accord.
Tu penseras à vider le cendrier ?
Fous rires nocturnes, discussions de filles. Lectures insipides qui reposent l’esprit.
La cloche du boulanger tinte avec insistance.
Debout. Debout. Debout. Il fait jour, dehors !
A midi, en caleçon, à demi-nus, mal réveillés, courir après la camionnette de pain.
Le boulanger se drogue, si vous voulez mon avis. Etre de si bonne humeur au milieu de la journée, et toujours aussi speed… c’est pas naturel.
Reflet mat du croissant sur l’huile noire.
C’est magnifique.
« Make a wish »Etreintes entraînantes. Coups de soleil à la chaîne.
Réconciliations téléphoniques sans rechute catastrophique.

Leitmotiv agaçant
« Hé… »Toutes les deux heures.
« Hé… »
« Hé… j’ai envie de voir le petit capitaine »
Mais il reste muet.
Parti en mer, sans doute.
Je ne veux pas rentrer.
Dîtes au revoir, on repart pour la gare.
Balades sur la plage, des crevettes sentimentales se bousculent dans ma tête, les puces des sables se disputent à mes pieds.
Ne pas rater le train, c’est une course folle.
Une vache rousse qui fait tache dans le lot moucheté, c’est signe qu’on est sur la bonne route. La route rouge, au goudron défoncé, celle qui longe la mer, parcourue de vélos difficiles à doubler. Celle des vacances.

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